L'autre jour
L'autre jour, j'attendais quelqu'un près du musée Rodin. J'y suis entré pour revoir les tableaux de Van Gogh qui s'y trouvent. Des trois, ce fut la Vue du viaduc à Arles, peint en mars 1888, qui retint le plus mon attention. Vincent Van Gogh voit passer le train bleu derrière les platanes. Je pense que ce tableau a la chance d'être dans un état de vieillissement logique après 134 ans. De ce fait, les touches claires de jaune sur les platanes ressortent davantage alors que les dessous deviennent gris poussiéreux avec le temps. Ces touches claires m'ont fait songer à Eugène Leroy qui ajoutait des gestes de couleur pure sortie directement du tube sur ses fonds qui deviennent gris poussiéreux avec le temps. Dans la Vue du viaduc à Arles, il faut aussi remarquer les lignes de contour ocre rouge sur les platanes qui se détachent du fond.
J'en profite pour revoir les deux panneaux de Toulouse-Lautrec du musée d'Orsay : La Danse au Moulin-Rouge : la Goulue et Valentin le Désossé et La Danse mauresque ( les Almées ).
Ce qui me fait penser au portefaix dans L'enseigne de Gersaint d' Antoine Watteau au château de Charlottenbourg à Berlin.
Le film La vie passionnée de Vincent Van Gogh, avec Kirk Douglas, que j'ai vu lorsque j'étais ado, m'a énormément impressionné. L'échec dans le Borinage, l'aventure de la Peinture le baluchon sur le dos, Paris, Provence, Auvers-sur-Oise, ne pouvaient que me toucher.
Un autre film, L'Extase et l'Agonie avec Charlton Heston en Michel-Ange, m'a aussi énormément impressionné. Je me souviens de la séquence où Michel-Ange peint dans la chapelle Sixtine. Un pot de peinture dégringole des échafaudages et s'écrase au sol en éclaboussant le pape Jules II. A l'époque, pendant l'été, je devais repeindre les châssis des fenêtres du garage alors que j'aurais préféré m'échapper dans la campagne avec les autres de mon âge.
Ou encore, je songe à mon copain Vincent qui avait quitté le lycée beaucoup trop tôt, embarqué par un couple de joueurs de flûte pour aller faire des dessins humoristiques dans un journal libertaire.
Article dans le journal Le Forum républicain du 30 décembre 1888 :
" Dimanche dernier, à 11 heures 1/2 du soir, le nommé Vincent Van Gogh, peintre, originaire de Hollande, s'est présenté à la maison de tolérance n° 1, a demandé la nommée Rachel, et lui a remis ... son oreille en lui disant : " Gardez cet objet précieusement. " Puis il a disparu. Informée de ce fait qui ne pouvait être que celui d'un pauvre aliéné, la police s'est rendue le lendemain matin chez cet individu qu'elle a trouvé couché dans son lit, ne donnant presque plus signe de vie. Ce malheureux a été admis d'urgence à l'hospice. "