Perle de la mer
Perle de la mer
A la recherche d'une identité perdue, un aller simple.
Il faisait très chaud juste avant la pluie. Après la pêche aux anguilles, ils se saoulèrent, chantèrent et tirèrent plusieurs coups de feu dans la nuit. Près de la base aérienne, sur une plage de galets, elle se coupa le pied avec un coquillage. A l'embouchure de la rivière, des canettes de bière traînaient autour d'un feu de camp. Trois gendarmes arrivèrent en camionnette pour examiner les lieux avant de repartir aussi vite. Le monde entier existait derrière la carte postale.
Perla del Mar se tenait debout sur le rivage, se passant les doigts dans ses longs cheveux bruns. Guettant l'approbation du photographe, Perla cherchait la pose qui exprimait le mieux sa présence au monde. De sa voix calmement enjouée, les yeux ronds, elle lui demandait de voir ce qu'elle lui montrait. Ouvertement belle, jeune, elle imaginait les suites de cette séance photo et ce qu'elle mettrait sur les réseaux sociaux. A l'autre bout du monde, Roberto avançait dans la pinède emportant avec lui ses rêves d'amour fou.
Le soir, la vie reprenait pendant quelques heures. Certains jouaient aux cartes, d'autres déambulaient dans la rue principale, d'autres encore faisaient des plans pour capter les regards. Attablés après l'effort, deux nouveaux résidents considéraient les environs de haut. Tous ces ploucs devaient venir les remercier de leur présence supérieure. La fille, productrice autodidacte, répondait au téléphone en anglais. Le gars parlait fort, riait fort. Après avoir fumé quelques pètes, il interpellait les autochtones et les invitait à venir boire du vin dans de grands verres avec des glaçons. Il lui fallait soutirer toutes les informations nécessaires à son bien-être pour encore quelques jours.
Quand je vois Mélanie, tout s'éclaircit. Simple, pratique et rustique.
Prise d'angoisse dans le cimetière désert, elle hurla : " Y a-t-il quelqu'un ? ".
Nous étions invités à un après-midi piscine et barbecue mais la météo en décida autrement. Un vol de perruches traversa le ciel. Roberto sortit après l'orage.
Dans la première séquence du film de John Huston Le Trésor de la Sierra Madre, Dobbs ( Humphrey Bogart ) végète sur un banc dans un parc de la ville, les bruits de la circulation en fond sonore. Je suis allé à Mexico pour trouver ce banc et ce parc. Grosse erreur de ma part, il s'agissait de la place de Tampico. J'ai relu le livre de B. Traven.
Roberto comprit que le jeu n'en valait plus la chandelle et qu'il fallait passer à autre chose. Il traversa la place inondée de soleil d'un pas décidé pour retrouver l'ombre d'en face. Sur sa droite, derrière le grillage, la gare désaffectée aux fenêtres barrées de planches desséchées, l'ignorait. Il reprit la route de l'ancien temps où tout avait rapidement changé. Bien sûr, il ne reconnut rien au premier coup d'oeil et très vite, il s'aperçut qu'il n'était plus qu'un vagabond dans ce lieu déshumanisé. Les zombis qu'il croisa venaient d'ailleurs. Il se posa dans un parc sur un banc, mangea son sandwich au jambon de Bayonne et arriva au rendez-vous juste à l'heure.
Soudainement emportées par le vent, les feuilles mortes roulèrent rapidement sur le bitume. Le soleil d'octobre et les bourrasques d'automne incitaient Roberto à la nostalgie.